Book’tober 2 : « Par la fenêtre »

La maison d’auto-édition Librinova a créé un challenge pour le mois d’octobre où le but est d’écrire quelque chose chaque jour en se basant sur une liste de mots ou d’idées donnés. J’ai énormément de retard (oups) et je ne pense pas réussir à tout faire, mais cela consiste tout de même en un exercice d’écriture intéressant, alors voici pour commencer le petit quelque chose que j’ai écrit pour le premier jour où le thème était « par la fenêtre ». J’espère que vous apprécierez !


Mail envoyé le 2 octobre 2021 à 14h52 :

Gaëlle,

J’ai longtemps hésité sur la meilleure manière de commencer cette lettre (ce mail ?). « Ma très chère Gaëlle » me semblait être la meilleure accroche, mais les derniers évènements ont bien prouvé que tu ne m’appartenais pas (on n’appartient jamais à personne en définitive, n’est-ce pas ?), et j’ose espérer que tu sais à quel point tu m’es chère, alors j’ai aussi laissé tomber le « très chère ». Finalement, « Gaëlle », tout simplement, m’a paru être le meilleur moyen de te dire, sans artifice (c’est quelque chose de nouveau que je tente de faire), que je te vois, que tu comptes pour moi, et que c’est ton nom que j’ai envie de prononcer le plus sur cette terre. J’ai toujours dit que ce n’était pas mon genre d’écrire des pavés, de m’étendre sur ce que je ressens, et voilà que je t’écris un paragraphe entier sur mon éternelle difficulté à trouver les mots justes.
Je suis assis en ce moment devant la fenêtre du salon (devoir décider entre « mon » ou « notre » me paraît trop difficile) et je repense à tout ce qu’on a traversé ensemble, notre rencontre, l’emménagement (que tout le monde trouvait être une mauvaise idée apparemment), les rires et les pleurs, l’impression que si on évoquait ne serait-ce qu’une fois ce qu’était réellement notre relation notre monde aurait explosé. Et puis un jour j’ai regardé par cette même fenêtre, celle où on avait l’habitude d’imaginer les conversation de nos lointains voisins. Quand on disait des choses qui nous paraissaient tout aussi lointaines comme « Voulez-vous m’épouser ? » ou « Je vous ai toujours aimé », prêtant ce genre de mots à des inconnus, trouvant sans doute bien plus facile de rire de situations cocasses (comme d’un livreur UPS qui se mettrait à genoux pour demander la main d’une mère de famille, la délivrant ainsi de l’ennui d’un mariage sans passion) que de regarder au fond de nous et de se poser des questions qui font peur. Avec des mots d’adultes qui font peur et des implications qui font peur, bien plus grandes que de décider de manger un petit déj’ pour le souper. J’ai donc regardé par cette fenêtre et j’ai tenté d’inventer la vie de ces gens, pour voir par quel moyen ils trompaient l’ennui. Peut-être qu’eux aussi faisaient pareil. Peut-être que pour beaucoup, nous étions ensemble, et Dieu sait que je les aurais contredis en ricanant si l’un d’eux avaient tenté de me convaincre du contraire, tout en me réjouissant secrètement, car cela aurait confirmé ce que je crois être vrai depuis si longtemps et que j’ai toujours pris pour acquis : « c’est avec moi qu’elle va le mieux ».

Je reprends donc mon histoire (je vais y arriver) : j’ai regardé par cette fenêtre, et j’ai vu quelque chose de réel, cette fois-ci. La vieille dame du troisième étage, celle qui portait tout le temps un foulard rose, était en train de vider son appartement. Je crois qu’elle a perdu son mari récemment. Je suppose qu’elle a décidé de déménager pour être plus proche de ses enfants, mais je me trompe peut-être. Enfin, en tout cas, la voir seule depuis quelques temps, et regarder aujourd’hui par sa fenêtre me rend bien plus triste que ce que j’aurai pu imaginer. En temps normal, j’aurais sûrement été trop bête pour avouer que cette vieille dame et la mort de son mari sont le symbole de quelque chose, comme s’ils me rappelaient que la vie est courte et qu’il est idiot de gaspiller le peu de temps que l’on a à mentir et à se mentir. Comme à présent j’essaye d’être plus intelligent (je t’entends déjà dire que ce n’est pas gagné) et surtout plus vrai, je crois pouvoir dire que voir cet appartement vide me brise le coeur car il me rappelle constamment que j’ai gâché ma chance avec la seule personne qui aurait valu la peine que je sois honnête. Je sais que c’est facile de venir après dix ans d’amitié, dix ans de confidence, dix ans de déception, dix ans à faire semblant et dix ans à avoir peur, mais il a fallu apparemment que je regarde à travers cette fenêtre froide qui donne sur un appartement sombre et sans vie pour que la lumière se fasse dans mon esprit et que je devienne soudainement bien plus clairvoyant. Je ne vais pas te faire l’affront de te dire que je t’ai toujours aimé, car même un idiot comme moi sait qu’il y a des choses que l’on ne peut pas dire (pas tout de suite en tout cas), pas après avoir refusé d’ouvrir les yeux pendant si longtemps. Par contre, maintenant que j’essaye d’être un vrai adulte qui n’a peur de rien (c’est ça un adulte, hein ?), je peux te dire ceci : si je devais vider cet appartement un jour, je voudrais au moins avoir vécu ma vie auprès de toi.

Pardon. Pour tout.

Alex




Mail reçu le 7 octobre 2021, à 22h26 :

Alex,
Petit déj’-dîner samedi soir ? Je crois qu’on a des choses à se dire.
-G.

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