L’écriture, cet art qui fait peur

Quoi qu’on en dise, écrire est un art, et par-là je ne veux pas dire que ce que je fais est de l’art (je vous laisserai le soin d’en juger), mais plutôt que comme tous les arts, écrire demande de la patience, de la pratique, de la créativité aussi, et surtout du courage. Le courage de regarder au fond de soi, sans détourner le regard, même quand c’est une journée où l’on ne peut regarder personne dans les yeux, où l’on ose être nous-mêmes nulle part ailleurs que derrière un clavier ou en tenant un stylo. Également le courage de regarder son écriture, de prendre cette fichue plume et de la plonger dans l’encre, après l’avoir plongée en nous, là où tout fait peur. Le courage de commencer un blog, un livre, une lettre à soi-même ou à quelqu’un à qui l’on osera jamais dire toutes ces choses.

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours écrit. La plus ancienne histoire que j’ai écrite, si je m’en souviens bien, s’appelait quelque chose comme « L’attaque des gelées de l’espace » et je devais avoir dans les 8 ans. Aucun moyen de me souvenir de quoi ça parlait, mais ça devait être fameux… J’ai ensuite découvert le fabuleux monde des mangas et des anime, et je n’avais de cesse d’inventer des histoires et des personnages liés à ces univers. Ensuite j’ai voulu devenir chroniqueuse pour le magazine Nintendo (arrêté tristement en 2012), puis rédactrice pour un magazine en vogue, comme je le voyais dans les comédies romantiques que j’aimais tant (vous savez, ces trentenaires épanouies à la vie effrénée qui ont un super poste dans une super ville type New York ou Los Angeles).
Vers 13 ans, avec environ 50 ans de retard, je suis éperdument tombée amoureuse des Beatles et j’ai fait la seule chose que je savais faire lorsque j’avais une obsession : j’ai écrit. À l’abris des regards, je m’évadais vers un monde où tout était possible, où je pouvais rencontrer ces quatre garçons anglais (d’ailleurs, Paul, je suis disponible pour un verre si tu lis ceci) et où je pouvais écrire tout ce que je souhaitais. Vers 16 ans, ce fut au tour du groupe Queen (décidément) et là j’ai à nouveau écrit, j’ai passé des nuits à écrire des histoires fictives (les personnes de goûts sauront reconnaître le genre de fanfic derrière tout ça) et là j’ai osé sauter le pas, j’ai osé publier certaines de mes (embarrassantes) histoires sur Internet à la vue de tous. Outre la qualité très discutable de mes récits, j’ai retiré une chose que je n’oublierai jamais de cette époque : les retours positifs de mes quelques lecteurs. Alors oui, ce n’était que mes amies d’Internet au cerveau tout aussi ravagé par notre amour commun pour un groupe bien plus vieux que nous, mais n’empêche que ça faisait sacrément du bien de voir ces likes, ces commentaires encourageants et ce sentiment que ce que j’avais fait avait pu se frayer un chemin jusqu’à ne serait-ce qu’une seule autre personne.

Vers 23 ans, exit les fanfics (bien que je continue de penser qu’il s’agit d’un genre tout à fait respectable), je me lance dans un projet qui s’installe de manière de plus en plus permanente dans mon esprit… À la base, c’est une idée à laquelle je pense seulement quand je m’ennuie, quand je m’endors, quand je n’ai rien de mieux à faire ; puis, cela constitue la majorité de mes pensées, toutes les chansons que j’écoute sont, d’une manière ou d’une autre, une manière d’explorer ce projet fou que je n’ose, au début, même pas nommer. « J’écris un peu pour moi en ce moment… », dis-je péniblement quand on me demande sur quoi je travaille. Puis, « J’écris ma première longue fiction, on verra ce que ça va donner », j’annonce avec cet embarras qui caractérise les personnes qui écrivent, comme si l’on avait rien de légitime et qu’il était honteux de proclamer haut et fort que l’on se lance dans l’écriture d’un roman, comme si « écrire un roman » était une expression bien trop effrayante, réservée à ceux qui savent de quoi ils parlent. Mais c’est quoi au final un « écrivain qui sait de quoi il parle » ? Quelqu’un qui s’est fait publier ? Mais un roman à succès n’a-t-il pas la même valeur avant d’être publié ?
Alors maintenant, à 25 ans, alors que j’arrive à la fin de mon roman (OUI, mon ROMAN), j’ose le dire sans détour, et tant pis si je tombe de haut : J’AI ÉCRIT UN ROMAN.

Avec ce blog, j’espère vaincre cette peur de ne pas être assez légitime, en me disant que la seule chose qui me sépare des auteurs publiés, c’est peut-être l’audace et le courage de montrer ce que je fais à d’autres gens. Peut-être qu’en chemin je vais me rendre compte que je n’ai pas assez de talent, mais tant pis, cette fois je vais oser prendre le risque. À l’heure actuelle, rien ne me fait plus plaisir que de taper ces lignes qui, je l’espère, feront peut-être écho avec certaines de vos expériences. Finalement, ce n’est pas ça la joie de vivre ? Faire exactement ce que l’on a envie de faire, sans se préoccuper du « après » ?

Écrire exige le courage de regarder son écriture, de prendre le risque de trouver ça plus que médiocre, et de quand même continuer, parce que l’écriture est comme tous les arts : c’est un amant exigeant et passionné qui ne fait pas de cadeau, et qui, une fois de temps en temps, nous rappelle pourquoi on l’aime tant. Les arts sont tous les mêmes, ils nous élèvent autant qu’ils peuvent nous détruire, mais nous sauvent, aussi. C’est surtout cette partie qui m’intéresse, parce que si je vous ai beaucoup parlé des moments passionnés de ma vie où j’écrivais avec légèreté des histoires qui me faisaient rêver, je ne vous ai pas parlé de toutes ces périodes où écrire était la seule chose que je pouvais faire. Où tout me semblait noir, où aucune larme, ni soupir de soulagement ne s’autorisait à sortir tant que je ne lâchais pas des mots, douloureux parfois, sur le clavier de mon ordinateur ou les pages de mon carnet. J’écris pour faire honneur à ces Moïra de tous les âges qui seraient fières de voir que toutes ces nuits à avoir des crises existentielles sur tout et rien, en pensant bien trop fort à leurs insécurités, les ont conduites vers ce présent où, contre toute attente, j’ai écrit un livre. Même si ça fait peur. Même si ce n’est peut-être pas très bien, au moins je l’aurais fait.

Prenez soin de vous et nourrissez vos rêves d’enfant, on ne sait jamais où ils vont conduiront.

Moïra

2 commentaires

  1. Delia

    Magnifique article ! C’est drôle, puissant et intime à la fois. C’est toujours si difficile de se dévoiler et tu y parviens avec délicatesse tout en nous faisant passer des larmes au rire et en terminant sur une note d’espoir, c’était intense !

    Aimé par 1 personne

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